
Le Président veut de la “qualité” et du “niveau”
Bouteflika appelle à préserver l’université de l’extrémisme et des conflits
À l'occasion de l'ouverture de l'année universitaire 2006-2007, le président de
Pour Abdelaziz Bouteflika, l'université doit rester éloignée “de la fitna, de l'extrémisme et des conflits”. Elle doit impérativement redevenir un pôle d'excellence et de savoir au service des attentes de la société.
C'est ce qui ressort du discours du président de
Le chef de l'État a appelé une nouvelle fois le monde universitaire à alimenter les responsables, à quelques niveaux ou secteurs soient-ils, en “idées, critiques, études ou suggestions”. Celles-ci leur permettront, dira-t-il, “d'éclairer leur choix” et les aideront “à prendre les décisions adéquates”. S'il ne fera aucune allusion aux tensions qui ont caractérisé les secteurs de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, Abdelaziz Bouteflika soulignera toutefois que “l'amélioration des conditions socioprofessionnelles sont une préoccupation majeure des pouvoirs publics”.
Le président de
Même si le chef de l'État ne se déclare pas pour autant totalement satisfait, le bilan est à ses yeux positifs. Des pas importants ont été franchis, notamment en termes de taux de scolarisation, de réussite au baccalauréat, d’inscriptions universitaires ou encore d'infrastructures réalisées. “Nous avons gagné la bataille de la quantité”, estimera le Président. Pour lui, des “dysfonctionnements et des insuffisances” existent encore. “Il faut les régler”, précisera-t-il ajoutant que la réforme n'est pas aisée, ni rapide. “Nous n'avons pas encore gagné la bataille qualitative”. D'autant qu'à l'horizon 2010, le nombre d'étudiants atteindra le chiffre symbolique d'un million et demi. “Nous réaliserons avec l'aide de Dieu ce que n'ont pas réalisé nos prédécesseurs”, rassure-t-il néanmoins.
Abdelaziz Bouteflika mettra en avant une préoccupation nationale : “Nous sommes aujourd'hui face à une problématique, celle de l'offre et de la demande. Les attentes de la société en ce qui concerne le développement social et économique doivent être prises en charge.” Il ne s'agit pas, pour lui, de former juste pour former mais de former selon la demande nationale.
La formation qu’elle soit universitaire ou professionnelle doit répondre à cet impératif. “Nous avons autant besoin d'universitaires et de chercheurs que de menuisiers, de maçons…” Le chef de l'État appellera dans ce contexte à valoriser la formation professionnelle, seule à même de régler le déficit en main-d'œuvre qualifiée que vit actuellement le pays. “Nous avons 15% de chômeurs, sur ce taux, 50% refusent le travail manuel qui leur est proposé…” Le corps enseignant dans son ensemble doit, selon lui, jouer un rôle dans l'orientation de la jeunesse quant à son choix du métier ou de la spécialité.
Au chapitre de l'Éducation nationale, le Président estimera que le secteur privé à un rôle à jouer, il doit néanmoins “se conformer aux lois de

Alcool, drogue, prostitution, harcèlement sexuel, violence
Ces maux qui rongent l’université
Les autorités universitaires admettent l’existence de ces fléaux, mais avouent leur impuissance à les combattre.
La consommation d’alcool et de drogue, la prostitution et le harcèlement sexuel ainsi que le déferlement de la violence sont des maux qui ravagent les établissements et les résidences universitaires. Pour en connaître l’étendue, il n’est pas nécessaire de recueillir les confidences anonymes de quelques étudiants effrayés à l’idée d’être débusqués par l’administration. Conscients que la démagogie serait vaine, les responsables reconnaissent que tout ne va pas si bien sur les campus et dans les cités U, où les fléaux les plus sordides, quelquefois les plus dévastateurs de la sphère publique, se sont infiltrés. Il y a un peu plus de vingt ans, les prémices du terrorisme s’y manifestaient. À l’intérieur de la cité universitaire des garçons Taleb-Abderahmane de Ben-Aknoun, Kamel Amzal, étudiant berbériste, était tué par des co-locataires d’obédience islamiste. Cependant, il aura fallu attendre 1995, le 25 septembre, pour qu’une ordonnance soit promulguée, instituant les Services de sûreté interne des établissements (SIE). Élargis à tous les ministères, ils ont pour vocation la protection du patrimoine et des personnes qui lui sont liés. “Il était question de développer une police privée”, explique M. Benhamadi, conseiller chargé de la sécurité interne au département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Ce transfuge du ministère de l’Intérieur a pris ses fonctions au MESRS en 2002, année où a été créé le service en question (soit 7 ans après la promulgation de l’ordonnance). Cette année-là, les campus d’Oran et de Tlemcen avaient connu de graves troubles suite aux meurtres, quasiment simultanés, de deux étudiants dans les résidences universitaires des deux villes où ils étaient hébergés. L’intervention des services de sécurité avait envenimé les choses. Des organisations estudiantines, à l’instar de l’Ugel (Union générale des étudiants algériens), très proche du MSP, avaient dénoncé la violation des franchises universitaires. En même temps, elles jouaient la carte de la récupération en poussant les étudiants à l’émeute. Aussi fallait-il résorber la tension en mettant en place des dispositifs de veille, chapeautés par des bureaux de sûreté qui sont à leur tour sous la responsabilité des doyens, des recteurs ou des directeurs. “Leur mission n’est pas de surveiller les étudiants mais d’assurer leur sécurité”, martèle M. Benhamadi. L’escobarderie de certaines associations promptes à la manipulation est en partie la préoccupation des bureaux de sûreté. “L’université est un milieu traversé par un nombre important d’associations qui ne fonctionnent pas tout à fait conformément à la loi. Parfois, nous avons jusqu’à 15 associations dans un seul établissement. Certaines sont là à des fins bien précises. Elles profitent que les étudiants soient des jeunes malléables pour les manipuler”, observe le conseiller du ministre à la sécurité. Selon lui, dans certaines universités comme Alger où la communauté estudiantine s’élève à 100 000, le maintien de l’ordre est un défi. Car si des organisations accaparent le champ politique, d’autres milieux plus souterrains y ont trouvé leur credo. Ils s’attaquent aux esprits des étudiants en leur proposant le nirvana.

Les révélations des étudiants font froid dans le dos
“À Bouzaréah, tout le monde sait que la drogue se vend derrière un des blocs de l’institut de psychologie”, confie Sihem, nouvelle diplômée. D’après elle, les dealers pénètrent sur le campus avec la complicité des agents de sécurité. Elle soutient par ailleurs que des pickpockets ratissent tous les jours les allées du campus. “Une étudiante a été mordue à la main par un voyou qui voulait lui arracher son portable. Une autre, diabétique, a été frappée au visage. La voiture de l’une de mes amies a été volée dans le parking”, relate-t-elle.
Ses révélations font froid dans le dos ! “Oui, la consommation de drogue existe à l’intérieur des universités, celle de l’alcool aussi. Et puis, il y a le harcèlement sexuel”, admet M. Benhamadi. Il nous apprend qu’il vient de recevoir une lettre d’étudiantes de Béchar accusant le directeur de la résidence où elles séjournent de leur faire des avances. “Dans le cas du harcèlement, nous nous trouvons souvent face à des lettres anonymes. En l’absence de preuves, nous ne pouvons rien faire. Mais quand nous avons des soupçons, nous recourons aux services de sécurité qui ouvrent des enquêtes”, explique notre interlocuteur. Pour la drogue aussi, la rareté des flagrants délits rend nulle l’intervention des vigiles. À condition, cependant, qu’ils soient eux-mêmes hors de cause.
À ce sujet, M. Benhamadi n’a pas honte de dire que des agents de sécurité, coupables d’affaires aussi scabreuses que le trafic de drogue, ont été licenciés et remis aux mains de la police. À ses yeux, la présence de ces individus sur les campus est justifiée par les mauvais enrôlements opérés dans le passé. “Pendant la décennie noire, le recrutement se faisait par cooptation, sans respect des normes. Actuellement, nous demandons que des enquêtes d’habilitation soient effectuées”, note le conseiller du ministre. Il y a deux ans, le recteur de l’université de Skikda renvoyait une vingtaine d’agents car leurs C. V. n’étaient pas conformes. Le pays compte plus de 200 établissements et 219 résidences universitaires. Le nombre des effectifs varie selon la taille du site. Compte tenu de la restriction des postes budgétaires par le ministère des Finances et de la fonction publique, des vacataires forment l’essentiel du corps des agents.
Le plan de sûreté qu’ils sont tenus d’appliquer est élaboré par le chef de l’établissement ou par le directeur de la cité U et il doit être approuvé par le wali. “Les mentalités évoluent lentement”, note M. Benhamadi. En revanche, la rapidité de la propagation des vices sociaux sur les campus est inouïe. Souvent, l’environnement immédiat est un vivier.
Il y a quelques années, des gargotes étaient érigées à l’intérieur des résidences universitaires et à proximité des facultés avec l’assentiment des pouvoirs publics ou dans l’indifférence générale. Sur certains sites, les tenanciers des bouis-bouis ne se contentent pas de restaurer les étudiants. Ils leur offrent des extras (alcool et drogue). Les rabatteurs sont triés parmi les étudiants désœuvrés. M. Benhamadi assure qu’ils sont aussi utilisés pour protéger le business de leurs “mécènes” en provoquant des échauffourées en cas de velléité de fermeture de ces commerces par les autorités.
À ce propos, le conseiller à la sécurité de M. Harraoubia avoue l’impuissance de ses services. Pourtant, la loi est claire à ce sujet. Le 25 juillet 2005, Nouredine Zerhouni, ministre de l’Intérieur, adressait une note aux administrations locales portant interdiction d’implantation de commerce à proximité des écoles, des universités et des centres de formation professionnelle. Mais, à ce jour, elle n’est pas appliquée. “Nous n’avons pas pu le faire”, tonne M. Benhamadi.
À l’écouter, le chemin encore long est parsemé d’embûches entravant les missions de sécurité. Si à long terme, le dialogue est préconisé comme le moyen idéal pour instaurer la confiance entre les différents membres de la communauté universitaire, des mesures drastiques sont néanmoins nécessaires. Les clôtures des différentes infrastructures sont surélevées.
Afin de contrôler les entrées sur les campus et dans les cités universitaires, l’usage des cartes magnétiques devra être élargi à tous les sites. Actuellement, elles sont disponibles dans des établissements à Batna et à Sétif. La mise en place de portiques électroniques est également envisagée. En somme, il s’agit là de tout un arsenal ayant pour vocation de soustraire l’arène universitaire du tumulte social ambiant. Mais, selon M. Boukaroura, SG du Cnes, il serait difficile de tracer une frontière. “Quand des étudiants séjournent pendant 10 ans dans une cité universitaire car, une fois leurs études finies, ils n’ont ni travail ni logement, à quoi pouvons-nous nous attendre sinon à leur déperdition”, assène le syndicaliste.

Après le drame de l’étudiante de Bab-Ezzouar
Des agences de sécurité privées dans les universités
Actuellement sept entreprises ont été sollicitées par la direction générale de l’Office national des œuvres universitaires.
Désormais, l’activité de la sécurité sur les campus et dans les résidences universitaires doit résoudre l’équation suivante : gagner en efficacité sans être budgétivore. À cet effet, les responsables du MESRS pensent avoir trouvé la solution en faisant appel à des sous-traitants, en l’occurrence les sociétés de gardiennage. Depuis une année, sept entreprises déploient leurs agents à l’intérieur des nouvelles résidences de la capitale. De l’aveu de Boualem Addour, directeur général de l’Onou, cette expérience devra être généralisée à toutes les cités. Mais, avant cela, il faudra régler le sort des vigiles déjà en poste. Car il est difficile de les mettre à la porte sans susciter l’hostilité des syndicats. Pourtant, nombreux sont coupables de défaillances dues à leur manque de savoir-faire et de compétence. Quant aux chefs de bureau, beaucoup jusque-là étaient recrutés parmi les anciens policiers et militaires. Mais en vue d’une meilleure qualification, le ministère de tutelle veut former ses propres éléments. Depuis une année, une spécialité LMD dans le domaine de la sécurité interne des établissements est ouverte à l’Institut de l’hygiène et de la sécurité de l’université de Batna. De son côté, le petit personnel devra être pris en charge par le département de la formation professionnelle en collaboration avec le ministère de l’Intérieur. En attendant cette meilleure professionnalisation, les pouvoirs publics travaillent avec les moyens du bord. Se défendant d’user de la langue de bois, le DG de l’Onou affirme ne pas être confronté “à de gros problèmes” dans les cités U. Il en veut pour preuve le fait que les services de sécurité n’ont eu à intervenir qu’une seule fois l’année dernière. Répliquant aux allégations sur la consommation de stupéfiants, notre interlocuteur remarque qu’il est impossible de faire des fouilles dans les dortoirs et les chambres, car cela serait une atteinte à l’intimité des résidents.
En 2005, 279 000 étudiants étaient disséminés dans 219 sites. Les vastes résidences implantées dans les grands centres urbains — surtout celles habitées par les jeunes filles — font l’objet d’une attention accrue en matière de sécurité. Leurs remparts sont renforcés et leurs vigiles plus nombreux. “Nous offrons aux jeunes filles toutes les commodités, comme le téléphone et Internet, afin de leur éviter de se déplacer à l’extérieur de la cité. Pour gagner leur confiance, décision a été prise de nommer des femmes exclusivement à la tête des cités U. Elles sont au mieux de comprendre leurs besoins et de dialoguer avec elles”, assure M. Addour. Venues des petites bourgades de l’intérieur du pays, les étudiantes découvrent, souvent avec effroi, que les grandes villes sont des jungles. Au seuil des cités, des “rapaces”, à pied ou au volant, les guettent constamment. “On pense que nous sommes seules et donc disponibles”, regrette une résidente d’Aïn Salah. Comme les commerces, le stationnement intempestif devant les résidences universitaires pose problème. Mais, là aussi, il n’y a pas grand-chose à faire.

La fuite des cerveaux s’est accélérée ces 10 dernières années
40 000 chercheurs ont quitté l’Algérie
Sur les 25 pays fournisseurs d’immigrants au Canada, l’Algérie occupe la troisième place.
Elle fait partie de ces pays qui constituent des “réservoirs” de compétences bon marché pour
les pays développés. Le phénomène, qui touchait auparavant les Algériens formés à l’étranger, s’est progressivement étendu à ceux formés en Algérie.
L’Algérie se vide de sa matière grise. Les chiffres avancés par le président du Forum des chefs d’entreprise lors d’une rencontre-débat autour de l’expatriation des élites donnent des frissons. Notre pays, au même titre que les pays africains, est dans une situation inquiétante, le phénomène de “la fuite des cerveaux” prend aujourd’hui la forme d’une véritable hémorragie. Selon une étude réalisée par un centre de recherche égyptien et un centre d’études stratégiques basé à Dubaï le monde arabe perdrait, chaque année, 50% des médecins qu’il forme, 23% de ses ingénieurs et 15% de ses scientifiques. Sur l’ensemble des étudiants arabes à l’étranger, seulement 4,5% retournent chez eux.
En Algérie, en dépit de l’inexistence de statistiques officielles sur l’expatriation des élites, le phénomène a pris une ampleur telle que certains organismes de recherche, tels que le CREAD et le CNE tirent la sonnette d’alarme. Des dizaines de milliers de cadres, intellectuels et scientifiques, dont 3 000 informaticiens, ont fui le pays entre 1992 et 1996. En dix ans, plus de 40 000 chercheurs ont quitté l’Algérie. Sur un total de 10 000 médecins étrangers immigrés en France, plus de 7000 sont Algériens, dont 2 000 dans la seule région parisienne.
Aux États-Unis, la communauté algérienne, composée d’environ 18 000 personnes compte 3 000 chercheurs et scientifiques de très haut rang. L’Institut national de la statistique et des études économiques français a recensé 99 000 chefs d’entreprise d’origine algérienne en Europe, dont une majorité en France. Ils emploient environ 2,2 millions de personnes et leur chiffre d’affaires global consolidé dépasserait 15 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 25 pays fournisseurs d’immigrants au Canada, l’Algérie occupe la troisième place. L’Algérie fait partie de ces pays qui constituent des “réservoirs” de compétences bon marché pour les pays développés. Le phénomène, qui touchait auparavant les Algériens formés à l’étranger, s’est progressivement étendu à ceux formés en Algérie. Il a été avancé que l’Algérie a subi une perte d’au moins 40 milliards de dollars uniquement pour la période comprise entre 1992 et 1996. Faut-il culpabiliser les élites qui quittent leur pays pour d’autres cieux ? Voir une élite ayant bénéficié des formations coûteuses financées par la collectivité nationale s’installer durablement à l’étranger ne peut pas et ne doit laisser personne indifférent. Mais cependant, l’inadéquation de l’environnement professionnel, la non- reconnaissance de leur statut socioprofessionnel et de leurs compétences, les difficultés matérielles et encore la faiblesse du niveau de développement technologique du pays constituent autant de raisons objectives de l’expatriation des élites. Selon le président du Forum des chefs d’entreprise, le salaire d’un chercheur algérien est de l’ordre de 500 euros. Il est de 900 euros en Tunisie et de 1 200 au Maroc. Dans les pays développés, il est de 6 000 euros. Les laboratoires des universités algériennes sont pour la plupart obsolètes et la recherche développement est pratiquement inexistante. Il n’existe pratiquement aucun lien entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise.
D’une façon, générale, souligne M. Omar Ramdane, les chercheurs algériens sont tenus à l’écart des évolutions socioéconomiques et sont marginalisés au plan social. M. Abdelmadjid Attar critique la mise en place de la bourse de l’emploi dans le secteur de l’énergie, même s’il lui trouve tout de même certaines vertus. 30 à 40% des cadres compétents de
Du coup, ces cadres partent monnayer leurs compétences dans des compagnies pétrolières du Moyen-Orient. “Il faut alors stopper l’hémorragie”, alerte le Forum des chefs d’entreprise en proposant la revalorisation du statut des chercheurs et en permettant l’apport ou le retour des élites expatriées, comme l’ont fait des pays comme l’Inde,


Cap sur Pretoria, Maputo, Montréal, Djakarta et Sydney
L’eldorado des jeunes Algériens
La France n’est plus la terre d’exil longtemps prisée pour des raisons de langue.
Ils sont jeunes, généralement diplômés de l’enseignement supérieur, ils s’appellent Mohand, Ahmed ou Arezki et ils ont en commun le fait d’avoir longtemps goûté au chômage. Après une longue attente et des déboires, plus tard, ils ont résolu de partir ailleurs. Un ailleurs qui leur a apporté, semble-t-il un certain équilibre. Rencontrés un peu partout en Algérie, ces jeunes expliquent les nouvelles filières de l’émigration.
Avec le tarissement de la filière française de l’émigration, les jeunes gens ont cherché et trouvé d’autres destinations de substitution. Mohand, un jeune de Boghni explique: «Maintenant que les visas pour
Un autre jeune, Sid-Ali, affiche avec fierté sa réussite. Il a «bâti» quelque chose au Mozambique. Ainsi selon Sid-Ali, «le premier jour, j’ai commencé par prendre l’avion vers le Caire, le visa pour l’Egypte est assez facile. Une fois au Caire, on embarque sur un avion vers Maputo pour environ 750 euros et de là, il y a deux possibilités: soit compter sur les passeurs qui demandent souvent fort cher, jusqu’à 1500, voire 5000 euros soit alors suivre sa bonne étoile!». Et Sid-Ali de raconter sa mésaventure dans les marécages à la frontière entre le Mozambique et l’Afrique du Sud.
«C’est une aventure des plus dangereuses, les militaires du Mozambique et les gardes-frontières surveillent de nuit comme de jour les frontières et ils ont une réputation de férocité chez les passeurs.» Ainsi, raconte notre interlocuteur, lors de son passage de la frontière mozambicaine et pour fuir la police, les jeunes se sont aventurés et sont tombés dans les marécages. «J’ai vu des jeunes gens réputés durs et stoïques pleurer alors!» Traverser près de soixante km à pied et dans une zone des plus dangereuses n’est pas si facile que cela.
Johannesburg et Pretoria deux villes attachantes
On raconte des tas de choses sur les harraga mais il faut écouter les jeunes gens qui tentent cette aventure vous raconter les affres qu’ils ont subis pour comprendre ce qu’est la souffrance des jeunes gens. Un autre jeune qui a fait la «traversée» se remémore les étapes franchies alors, et souvent on l’aperçoit faire des signes de négation avec la tête comme pour chasser ces terribles images.
Sid-Ali revient quelques secondes sur Maputo. «La ville est assez agréable et belle, mais il faut croire que l’étranger est surveillé de près. Il arrive aux jeunes de séjourner dans ce pays et il y a des tas d’activités à faire. L’agriculture est l’une des activités les plus captivantes mais il faut des capitaux et pas des moindres.»
Aussi, les jeunes continuent généralement sur l’Afrique du Sud. Mohand revient sur sa «présence en Egypte» comme il le dit «l’espace d’un moment». Pour lui, «Oum Eddounia» est une mégapole qui présente bien des aspects, tel un kaléidoscope où surnage tout de même une certaine image de ville sale et surtout d’une ville où tout se monnaye. «Le moindre renseignement demandé, y compris à certains policiers, se paie rubis sur l’ongle. La tchipa est reine en ces lieux.» Mohand explique les lacis des ruelles du Caire qui «n’ont rien à voir avec celles d’Alger et qui sont d’une saleté repoussante.» Les Egyptiens peuvent être séparés en deux grosses catégories : les vieux et les jeunes. Il y a ceux qui connaissent l’Algérie en se référant surtout à Ben Bella et à Djamila Bouhired et les jeunes gens qui pensent que l’Algérie est à feu et à sang. Cependant tous pensent que «l’Algérie est un pays tourné vers l’Europe».
Les jeunes gens arrivent après bien des difficultés en Afrique du Sud. Le pays de Mandela est agréable et ses paysages en plusieurs endroits rappellent l’Algérie. Les villes sont belles et géantes «l’on se perd agréablement dans les rues propres et brillamment illuminées». Hélas, selon l’un des jeunes gens ayant fait un séjour en ces lieux «les townships» sont toujours là. Il y a, selon eux, toujours cette désagréable sensation que «les Blancs et les Noirs ne se mélangent pas.» En somme, des relents de l’apartheid demandons-nous. Arezki, un jeune qui connaît bien ce pays répond vivement: «Non pas du tout, mais il faut dire que beaucoup de noirs n’ont pas les moyens de s’offrir un appartement en ville et souvent pour plusieurs raisons préfèrent rester dans les townships.»
Pretoria dira l’un des jeunes gens est relativement moins chère qu’Alger. Les appartements sont abordables et le travail existe avec ce respect envers les Algériens qui est présent dans le comportement des agents de police notamment. A Pretoria, beaucoup de jeunes gens, de la région de Boghni à Tizi-Ouzou, sont installés et nombreux sont ceux ayant réussi dans la vie. Mohand est ainsi propriétaire d’un café-restaurant et à de nombreux clients.
Arezki en parle comme de celui qui «est là pour prêter aide et assistance aux nouveaux.» Il est là, pratiquement aux côtés des jeunes gens, jusqu’au jour où le nouvel arrivant est capable de voler de ses propres ailes. La femme de Mohand est selon les jeunes gens rencontrés à Tizi-Ouzou, une femme du tonnerre. Elle est Sud-Africaine, blanche, mais profondément attachée à l’Afrique. Elle partage les sentiments nobles de Mohand et à eux deux sont d’un secours vital pour les nouveaux arrivés. Leur maison à Pretoria est toujours ouverte et leur table profite souvent aux sans-travail. Mais en Afrique du Sud, on ne peut décemment pas rester sans travail pour des gens entreprenants, il y a de quoi faire. A Pretoria la vie disent ces jeunes gens «n’est pas tellement chère, on trouve facilement à se loger et pour des gens qui veulent travailler, la réussite est assurée».
L’Australie ou le Canada: objectif des expatriés
Cependant, malgré ces commodités et ces facilités trouvées sur place, l’Afrique du Sud semble être pour beaucoup une halte et non pas le havre recherché. On peut rester quelques mois, à la limite quelques années mais l’objectif semble être le départ vers des pays comme l’Australie ou le Canada. Pour les anglophones, les choses semblent aller comme sur des roulettes: soit rester à Pretoria où existe une communauté algérienne et selon Arezki «elle est assez importante» ou alors essayer d’aller vers Johannesburg. Une ville plus commerciale, disent ces jeunes, et qui, selon eux, offre plus de possibilités. Pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue ou qui éprouvent des difficultés à la maîtriser, le Canada reste le but final. Les plus chanceux décrochent vite le sésame c’est-à-dire le visa en tant que...Sud-Africain. Si le Canada est recherché, l’Australie n’est guère refusée et de nombreux jeunes gens seraient installés à Sydney et à Melbourne. Selon eux, des quartiers entiers de Sydney sont peuplés de jeunes partis d’Algérie, et nombreux sont originaires de Kabylie. Ces émigrés ont connu des fortunes diverses; beaucoup ont pris femme et se sont installés dans ce pays et ne pensent plus à l’Algérie que comme éventuelle destination touristique.
Cependant, de ces deux contrées du monde, le Canada, et principalement la province du Québec, reste la destination la plus prisée. Sur place les jeunes gens sont sollicités et surtout ceux qui ne rechignent pas devant le travail sont très appréciés et il n’est pas rare de les voir changer d’emploi au gré des propositions. Tous disent qu’en ce pays, le logement et la couverture sociale sont possibles pour tous. D’autres attirent l’attention sur les loisirs: «Il n’est pas possible de s’ennuyer dans ce grand pays. Bibliothèques, parcs, salles de sport etc., de quoi meubler utilement son temps libre.» D’aucuns disent que «comparée à
Pour ce qui est des papiers ou titres de séjour, ce n’est pas la galère et des facilités existent, dit-on. L’exemple le plus curieux est celui de ce jeune homme licencié en commerce installé selon ses amis en Indonésie depuis bientôt cinq ans. Parti en Australie, il a au cours d’une escale de son avion vu les policiers venir vers lui pour lui exiger un titre de transit, titre qu’il ne possède évidemment pas. Aussi il cache ou déchire son passeport et c’est donc sans papiers qu’il est relâché dans Djakarta.
Et depuis, «beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et notre jeune est depuis installé et a pris femme en ce pays». Arezki conclut l’entretien en affirmant que les régions d’Algérie ont chacune une destination de prédilection. Ainsi selon lui, «les gens de Tiaret émigrent surtout vers l’Allemagne, ceux d’Oran vers Almeria en Espagne. Pour ce qui concerne
Des problèmes à n’en plus finir, un chômage important et surtout une façon de vivre qui n’agrée plus les jeunes avides de liberté et de loisirs sont autant de choses incitant les jeunes et les diplômés à partir ailleurs.
Maintenant
Donc, maintenant que les conditions de visa et les conditions d’installation sont devenues des plus draconiennes, des nouvelles destinations sont apparues. Pretoria, Maputo ou encore Montréal, Djakarta ou Sydney, autant de coins où les jeunes Algériens semblent avoir réussi.






