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Mercredi 09 Août 2006
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Mercredi 09 Août 2006
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Jeudi 03 Août 2006

 

Pierre Vidal-Naquet

 

L’homme de vérité

 

Historien engagé et militant actif jusqu’au bout. L’historien Pierre Vidal-Naquet, intellectuel engagé, notamment contre la torture pendant la guerre d’Algérie, est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 76 ans à l’hôpital de Nice.

 

Il était dans le coma depuis lundi à la suite d’une hémorragie cérébrale. Fils d’un avocat entré très tôt dans la Résistance pour ne pas devenir « un juif errant », Pierre Vidal-Naquet était docteur ès lettres et agrégé d’histoire. Il a consacré ses recherches à la Grèce antique, l’histoire juive et l’histoire contemporaine. Sa dernière prise de position remonte à la loi sur « les aspects positifs » de la colonisation. « L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire », s’était-il insurgé. L’historien engagé récuse toute vérité d’Etat, histoire officielle. « C’est cette même haine de l’histoire officielle qui l’avait poussé à dénoncer la loi Gayssot contre le négationnisme, lui qui a pourtant combattu sans relâche les théories de Robert Faurisson et de ses épigones. Pour lui, le métier d’historien était une conception du monde, et la recherche de la vérité, un combat, qui pouvait dans certains cas amener à une forme de paradoxale ‘‘trahison’’, tant il faut se méfier de ses sources, garder la distance avec son objet, ne pas céder à la facilité ni à la démagogie, ne pas se laisser emporter par les préjugés », note très justement Libération.

 

Algérie, Liban et Irak

 

Jamais en retrait de l’actualité, il est intervenu dans la plupart des grands débats des dernières décennies. Dénonciateur de la torture durant la guerre d’Algérie, adversaire du pouvoir des colonels en Grèce, il multipliera pétitions, lettres à la presse, création de comités de soutien, intervenant sans relâche dans les principaux dossiers judiciaires et politiques. En 1982, il arpentait les rues de Paris pour manifester contre les bombardements d’Israël déjà sur le Liban. Il manque cruellement aujourd’hui aux pacifistes et aux opposants à la guerre que mène l’Etat hébreu contre le pays du Cèdre. « Nous avons honte dans la mesure où les juifs s’identifient à un Etat conquérant. Oui, nous avons honte. Mais nous sommes fiers aussi d’autres traditions qui existent dans le judaïsme et qui ne se résument pas à l’extermination des peuples soumis », disait-il en 1982. Aujourd’hui, après le massacre de Qana, où 37 enfants ont trouvé la mort, ces paroles sonnent encore comme un testament posthume. Celui qui se définit comme « un homme passionné qui s’engage, doublé d’un historien qui le surveille de près, enfin, qui devrait le surveiller de près », a été de tous les combats. Juste après la guerre d’Irak, contre laquelle il s’était opposé, il a rappelé la continuité de l’histoire. « Avant d’être déporté, mon père a été torturé par la Gestapo à Marseille. L’idée que les mêmes tortures puissent être infligées d’abord en Indochine et à Madagascar puis en Algérie par des officiers ou des policiers français m’a fait horreur. Mon action n’a pas d’autres sources que cette horreur absolue. En un sens, il s’agit de patriotisme. Quant à la guerre en Irak, oui, j’y suis absolument opposé. Je ne pense que du mal de Saddam Hussein, mais si on fait la guerre à l’Irak, on risque de déclencher une catastrophe mondiale. Et je tiens George Bush pour un fou dangereux, qui de plus bafoue la loi internationale. » Il a été l’un des premiers à dénoncer la torture en Algérie. Pour ceux qui tentaient de mettre sur un pied d’égalité le FLN de l’époque et l’armée française, il répondait ironiquement : « On nous parlait beaucoup des exactions des rebelles et fort peu des atrocités pourtant infiniment plus nombreuses qui étaient celles de nos compatriotes. »

 

 

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Jeudi 03 Août 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Il a été l’un des premiers à avoir dénoncé la barbarie du colonialisme

 

 

Pierre Vidal-Naquet, lhistorien engagé

 

Né le 23 juillet 1930 à Paris, Pierre Vidal -Naquet, historien de réputation internationale, se définissait lui-même comme un « historien militant ».

 

 

Il était âgé de 9 ans lorsque éclata la Seconde Guerre mondiale. Il en avait 11 quand son père s’est vu interdire d’exercer sa profession d’avocat à cause de son origine juive. « Toute ma vie a été marquée par le récit que m’a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l’affaire Dreyfus. C’est aussi à travers l’affaire que j’ai été formé non seulement à la politique, mais aussi à la morale et à l’histoire », a-t-il écrit dans ses mémoires. Mais son cauchemar ne s’arrêtera pas là puisque le 15 mai 1944, la Gestapo s’en prendra à toute sa famille. Après avoir appris l’assassinat de ses parents, dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, l’orphelin se réfugiera dans ses études. L’expérience terrifiante du nazisme l’amènera à s’intéresser à « l’histoire immédiate » en plus de sa passion pour le passé ( la Grèce antique). Et c’est parce que son père a été torturé par la Gestapo qu’il n’a jamais pu tolérer que l’on puisse torturer au nom de la raison d’Etat. En 1947-1948, il entre au lycée Henry IV à Paris et devient, en 1955, docteur ès lettres, puis agrégé d’histoire. Deux ans plus tard, alors qu’il est jeune assistant à la faculté de Caen, Pierre-Vidal Naquet se lance dans sa « première enquête d’histoire immédiate ». En pleine guerre de Libération nationale, il n’hésite pas un instant à se pencher sur le cas de Maurice Audin, un jeune communiste et professeur de mathématiques à Alger officiellement porté disparu après une tentative d’évasion. En 1958, il signera le « Manifeste des 121 », qui est un appel à la désobéissance contre la guerre d’Algérie. Son premier livre, L’Affaire Audin, lui vaut une interdiction d’enseigner. Mais sa prise de position courageuse fera de lui un célèbre militant des droits de l’homme. Son ouvrage, fort documenté et empruntant au ton du J’accuse d’Emile Zola, établit sans détour que Maurice Audin a été exécuté par l’armée coloniale. Armée également chargée de réprimer, par tous les moyens, l’insurrection à laquelle avait appelé le FLN. Son engagement incessant contre la torture pendant la guerre de Libération nationale fera de lui un acteur important et un témoin privilégié de l’histoire de l’Algérie combattante. Son départ constitue indéniablement une immense perte. Pour Pierre Vidal-Naquet, « l’historien doit prendre part à la vie de la cité ». Aussi ce n’est pas un hasard s’il a été l’un des premiers à démonter les thèses des négationnistes, notamment dans ses ouvrages Assassins de la mémoire et Réflexions sur le génocide. En juillet 2003, sans surprise, il a participé à l’appel « Une autre voix juive », qui regroupe des personnalités juives solidaires du peuple palestinien. Il estimait que la politique de Ariel Sharon était « criminelle ». Il aurait certainement eu la même position à l’égard de ce début de règne de Ehud Olmert.

 

 

 

 

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Jeudi 03 Août 2006

« Une disparition qui coûte cher à l’Algérie et aux historiens »

 

Le décès de l’historien Mahfoud Kaddache, survenu dimanche soir, a suscité de nombreuses réactions auprès de personnalités de différents bords. La « perte » de ce « grand militant du mouvement national » est douloureuse pour tous.

 

Pour Abdelhamid Mehri, l’ancien secrétaire général du FLN, « c’est une disparition qui coûte cher à l’Algérie et aux historiens ». Il souligne le fait qu’il ait « admirablement accompli sa tâche d’historien » en laissant des travaux exemplaires pour la postérité. L’ancien chef du gouvernement, Belaïd Abdeslam, s’adressant à l’APS, a insisté sur l’historien qui « a apporté, sur le plan intellectuel, une contribution dans l’écriture de l’histoire du mouvement national » et qui a été un dirigeant exemplaire dans le mouvement des Scouts musulmans algériens. Il relève aussi la « très précieuse » œuvre écrite qu’il a laissée aux générations futures. Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement aussi, déplore la grande perte de celui qui a « servi la mémoire de toute une nation, l’Algérie », qui a « travaillé toute sa vie pour les futures générations », pour que les jeunes d’aujourd’hui comprennent de la manière la plus objective le combat mené contre le colonialisme. Pour M. Benbitour, Mahfoud Kaddache a assurément « contribué à élever la conscience des jeunes et à leur apporter une vision plus objective de l’avenir ». Le vice-président du Conseil de la nation, Abderezzak Bouhara, un compagnon du défunt, a déclaré à l’APS que « c’est une grande figure qui disparaît » et « le monde des intellectuels algériens perd un de ses grands piliers ». Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbas, lui, a insisté auprès de l’agence sur le fait que Mahfoud Kaddache, qui a consacré toute sa vie à l’écriture de l’histoire du mouvement national, « était un patriote national connu pour sa rigueur scientifique et ses positions courageuses ». Le commandant général des scouts algériens, Noureddine Benbrahem, souligne, dans un communiqué de presse, les nombreuses qualités humaines du défunt qui était connu pour « sa générosité et son érudition ». « Il était un avant-gardiste et un unificateur, ce qui lui a valu l’amour et l’amitié de tous ceux qui l’ont connu et travaillé avec lui en Algérie et à l’étranger », déclare M. Benbrahem à l’APS. Dans un communiqué envoyé à notre rédaction, Mme Khalida Toumi, ministre de la Culture , rappelle le rang attribué à Mahfoud Kaddache : l’un des plus grands historiens algériens qui « a apporté une grande contribution à la correction de beaucoup d’erreurs commises par des historiens français ». Selon la ministre, c’est aussi « un nationaliste qui a donné à l’Algérie le meilleur de sa jeunesse et de son savoir ».

 

 

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